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Témoignage de Bénédicte, volontaire INIGO au Tchad

Je suis Bénédicte, sage-femme, et suis arrivée à N’djamena en juillet afin de travailler dans un hôpital jésuite.

Mon rôle consistait dans un premier temps à travailler dans la maternité, puis, depuis novembre, j’accompagne une promotion d’élèves maïeuticiens dans le début de leur formation. Parallèlement à cela j’effectue également une partie des consultations prénatales de l’hôpital. Cet emploi du temps varié est d’une richesse incroyable. Chaque journée est unique avec son lot de surprises, de rencontres, d’émotions et d’histoires invraisemblables.

Et c’est cela que j’apprécie par dessus tout, ces histoires humaines tissées au fil de vies incroyables, lors des rencontres. Ma chance c’est de pouvoir prendre du temps pour nouer de véritables liens. C’est chouette, on arrive n’importe quand chez n’importe qui, et, toujours on nous réserve le même accueil simple et authentique ; on déroule la natte, ou on apporte table et chaises. Et ensuite autour d’un verre de thé sucré, d’une bière ou d’un verre d’eau fraîche, à l’ombre d’un manguier ou sous le ciel étoilé, les langues se délient, les histoires, les rêves, les projets, les souvenirs, les anecdotes et les confidences prennent vie.

 

Histoires parfois drôles ou burlesques. Parfois tristes et lourdes…

 

C’est l’histoire d’Abdel qui se fait arrêter par la police parce qu’il transporte une jambe amputée afin d’aller l’enterrer au cimetière.

C’est l’histoire du voisin qui a été chez son marabout afin de ne pas craindre, ni ressentir les coups de couteaux, et qui tente tout seul de se poignarder pour voir si c’est efficace. Rassurons-nous, l’histoire se finit bien.

C’est l’histoire de Zizelle qui a appelé ses jumeaux Ségo et Sarko, nés lors des élections présidentielles de 2007.

C’est Désiré qui raconte comment les fourmis tuent les éléphants, les éléphants tuent les hippopotames (en leur arrachant leur queue, les laissant se noyer par leur anus), les crapauds tuent les serpents, etc.

Ce sont les débats éternels sur les équipes de foot et sur la politique actuelle menée au Tchad.

 

Ce sont aussi les dernières histoires médicales hallucinantes et parfois drôles.

C’est une patiente qui vient pour une consultation d’infertilité et à la question  « combien avez-vous d’enfants ? » nous répond 12.

C’est l’histoire de Napoléon qui raconte son désarroi face à son fils qui s’est enfoncé des cacahuètes dans les oreilles.

C’est l’histoire d’une élève qui me raconte que pour « éviter les spina-bifida, malformations souvent localisées en régions lombo-sacrées (au niveau du dos) », il suffit de « déménager et d’aller habiter dans une autre région ».

 

C’est l’histoire du gardien des sœurs qui  refuse le café le soir, car « ça l’empêche de dormir ».

C’est l’histoire du grand-père de Beaucoeur, 120 ans, et  une soixantaine de femmes qui tombaient toutes « enceintes en un simple regard », et qui a au moins 200 enfants.

C’est deux prisonniers qui se sont échappés de leurs cellules et qui se sont retrouvés nez à museau face à un Lion qui a mangé l’un d’entre eux, alors l’autre est reparti trouver refuge en prison.

C’est Sabine qui me confie ses ambitions pour ses enfants si brillants.

C’est la légende des hommes-géants, les Saos, et de ceux qui se transforment en hippopotames.

Ce sont les cours sur les différents dialectes du Tchad et les traditions en fonction des ethnies, les échanges sur nos cultures si éloignées, mais toutes riches.

C’est le vendeur de bijoux qui me certifie qu’avec « l’achat de ce bracelet, je peux m’envoler jusqu’au Niger », en attendant, pour rentrer chez moi, j’ai dû prendre le bus.

Ce sont tous les débats que je peux avoir avec les élèves sur l’affectivité, l’égalité homme-femme, la violence dans l’éducation, etc.

C’est l’histoire de Jean-Marc qui nous raconte ses aventures folles de course poursuite avec les braconniers.

Ce sont les projets de tant de gens de se former, d’approfondir leurs études, de créer leur propre entreprise…

C’est l’histoire de …

 

Ces échanges uniques qui s’étirent longtemps après la disparition du soleil à l’horizon, sont de réels instants d’éternité.

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