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Témoignage d’Augustin, volontaire INIGO en Haïti

Ainsi de la pauvreté nait la richesse.

©A.Pascal-1Vous pourriez me poser la question suivante : pourquoi un séminariste du diocèse de Dijon accepte-t-il de partir en mission en Haïti ? Une de mes réponses est la volonté de découvrir ce qu’est la pauvreté. Vous pourriez me rétorquer, avec raison d’ailleurs, qu’il suffit d’aller dans certains lieux en France pour la découvrir. C’est vrai, je l’ai déjà expérimentée mais ici je parle d’une pauvreté à grande échelle, à laquelle on ne peut pas échapper par un simple changement de lieu par exemple.

En arrivant en Haïti ce n’est pas simplement une pauvreté matérielle que j’ai constatée mais bien plus. Se promener sur la plage et voir un enfant ramasser des fruits quasi pourris pour couper sa faim, enseigner en classe à des élèves qui se lèvent sans demander la permission, prier avec tous les élèves du centre technique mais dont seulement une poignée récite le « Notre Père », demander à un enfant qui est son papa et s’entendre dire qu’il ne le sait pas et que son frère qui est plus loin en a un autre, chercher de l’eau potable et ne pas en trouver par manque de prévoyance du personnel de la maison et enfin voir mourir la tante d’un ami qui n’a pas pu recevoir les soins adéquats dans un hôpital qui ressemble plus à un mouroir qu’à un centre de soins. Telles sont les pauvretés bien réelles d’Haïti auxquelles je suis confronté. La pauvreté dévastatrice est présente hélas trop souvent dans tous les domaines de la vie à la fois : spiritualité, famille, nutrition, éducation, écologie, économie, santé, sécurité… Voici ce qu’offre en partie cette mission. Ou plutôt cette mission n’offre presque rien car qu’est-ce que la pauvreté si ce n’est ce qui se rapproche d’un gouffre abyssale ?

©A.Pascal-3J’ai bien dit « presque » rien. Le rien provient de la vision d’un monde reposant seulement sur l’aspect matérielle et décourage, comme j’ai pu le constater, bon nombres d’intervenants athées en Haïti. Il leur manque des braises dans le cœur. En effet c’est dans cette somme très malheureuse de pauvretés que se révèle Dieu. Après avoir fait ce constat amer du vide il faut laisser souffler l’Esprit-Saint et découvrir que ces hommes qui souffrent sont mes frères en Jésus. Il faut faire mémoire de la Parole donnée. Dieu se livre aux cœurs qui le réclament, qui ont besoin de lui. L’homme riche se suffit de lui-même et de ses biens et tombe dans la fosse qu’il a creusé, le pauvre ne peut que se tourner vers l’Autre. Face à la pauvreté énorme de ce pays, de mes élèves et des prêtres qui m’entourent, je découvre aussi mes limites, mes pauvretés et me voici poussé davantage à lever les bras vers Celui qui est toute miséricorde.

L’eucharistie quotidienne m’aide ainsi à poser un regard d’espérance et d’amour emprunt de vérité. Le sacrement de réconciliation et de pénitence m’aide à combattre mes colères intérieures et mon orgueil de supériorité. Cette pauvreté me renvoie donc à mes propres pauvretés mais aussi aux grandes richesses que Dieu, mon pays et ma famille m’ont données et me poussent à partager. Ainsi de la pauvreté nait la richesse.

Augustin

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