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Préparer Noël dans un bidonville, témoignage de Clarence, volontaire INIGO au Paraguay

“Ma crèche c’est mon bañado. L’étable c’est cette cabane en carton et au toit de tôle qui s’arrachera sûrement à la prochaine tempête. L’âne et le boeuf ce sont un cochon et une poule.”

Décembre : les jours qui diminuent, le froid qui s’installe, les villes qui s’illuminent, les sapins qu’on décore et les vitrines qui changent, les santons qui ressortent des cartons, … tout parle de Noël.
Volontaire depuis 3 mois en tant qu’éducatrice sociale et assistante pastorale dans le “bañado Sur”, un bidonville à Asunción au Paraguay, mon mois de décembre est bien différent de toutes ces images, de tous ces souvenirs que nous évoque traditionnellement cette période si spéciale.C. Guerillon 2 Alors, mon Noël dans l’hémisphère Sud, à quoi ressemble-t-il ? 40° et les pieds dans l’eau ? Oui, mais les 40° sont couplés à une humidité de 80% ou plus et l’eau en question n’est pas turquoise sinon boueuse et pleine d’ordures. Comme tous les ans, le fleuve Paraguay est en crue et le bañado est inondé. Le contexte climatique, politique, économique et social est complexe. Cette année, le fleuve est monté beaucoup plus tôt que d’habitude, et continue d’envahir le bañado avec une rapidité impressionnante. Ces inondations s’annoncent terribles.

Dans une situation pareille, tout change et il faut s’adapter très vite. Plus question de préparer la kermesse de fermeture de Vy’a Renda, le centre de loisirs où je travaille, il faut aider les gens à évacuer leurs affaires. La plupart vont dans des places publiques, plus hautes dans la ville, où ils construisent comme ils peuvent des cabanes en bois et en tôle.C. Guerillon 3 Ils resteront plusieurs mois dans ces abris. Mes premières évacuations ont été assez fortes. Debout avec mes compañeros dans le motocar prêté par une coopérative de femmes du bañado, beaucoup de gens nous arrêtent pour nous demander de l’aide. Nous avons déjà une liste trop longue de familles à évacuer d’urgence. Cette demande d’aide à laquelle on ne peut pas répondre me serre le cœur. Parfois, on ne s’arrête même plus car le temps est compté. Le fleuve monte à vue d’œil et l’eau est déjà au niveau du moteur du motocar. Des enfants de Vy’a Renda viennent nous prêter main forte. J’ai de l’eau jusqu’aux cuisses, l’odeur d’ordures plus intense que d’habitude me provoque des grimaces que j’ai du mal à cacher, le soleil tape et me déshydrate. Avec ces aller-retours dans les maisons des bañadenses, je suis introduite complètement dans la pauvreté de cette population. Elle était tellement bien cachée, comme tout dans le bañado, que je n’imaginais pas à quel point elle était grande.

Je suis frappée par le réseau de solidarité qui se met en place. Certains bañadenses partent aider d’autres familles alors que leurs propres affaires ne sont pas encore en sécurité. Le réseau de coordination, dont font partie les éducateurs de Vy’a Renda, est assez efficace étant donné leurs faibles moyens d’action. Une autre chose me frappe : l’ambiance générale dans le bañado. C’est un mélange de course contre la montre, de désespoir face au sinistre qui arrive et de tranquilo paraguayen. Ici, un homme assis boit son téréré en regardant l’eau monter. C. Guerillon 4Là, les enfants s’arrosent et s’amusent dans l’eau. La vie continue, comme toujours, jour après jour, heure après heure. “L’eau n’est pas encore chez moi, pourquoi je bougerais dès maintenant ?” Cette philosophie explique en partie la panique dans laquelle s’effectuent les évacuations qui se répètent pourtant chaque année. Pendant ce temps, les motocars et les charrettes s’affolent. Les véhicules déployés par l’Etat sont trop peu nombreux et doivent se partager entre le Banado Norte et nous. On sait bien qu’en dehors des périodes d’élections, les bañadenses ne sont pas la priorité de l’Etat ou de la municipalité.

C’est dans cet environnement, dans cette atmosphère que je me prépare à Noël. Comment le Christ peut-il naître dans cette misère, dans cette pauvreté ? Comment fêter Noël, la naissance de Jésus – Dieu sauve – là où une petite fille de 1 an et demi s’est noyée dans les inondations ?
Un message arrive de la coordination : “A 15h, prise d’Expopar”. Expopar c’est le nom d’une place publique que le voisinage a privatisé pour éviter que les bañadenses ne s’y installent. Ils ont installé des grilles tout autour, que l’on va scier. Les autres places sont déjà pleines et il reste beaucoup de familles à loger. Comment ne pas penser à ce passage d’évangile de Luc : “Il n’y avait pas de place pour eux” ? Ma crèche c’est mon bañado. L’étable c’est cette cabane en carton et au toit de tôle qui s’arrachera sûrement à la prochaine tempête. L’âne et le boeuf ce sont un cochon et une poule. La mission de Noël avec la pastorale des jeunes du bañado s’adapte et se fera dans ces places publiques. Car oui, on chantera la gloire de Dieu dans ces camps de sinistrés. On chantera l’astre d’en haut venu nous visiter. Je n’ai pas le temps de me préparer à Noël comme je le voudrais, mais une chose est sûre : le mystère de la Nativité me paraît encore plus grand désormais.C. Guerillon 6

Retrouvez la vidéo de présentation du Projet Vy’a Renda, dans le Bañado Sur a Asunción

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